La santé, c’est le travail
Alors que Karine marchait dans une rue gris anthracite, sous un ciel empli de nuages menaçants, dans la moiteurs de la légère brume matinale, elle aperçut un bâtiment gris avec une petite porte et deux fenêtres munies de barreaux. Au-dessus de la porte, il y avait l’inscription suivante : Agence pour l’Occupation des Travailleurs Inoccupés.
En franchissant le seuil, elle tenta de refouler la boule qui stagnait dans sa gorge comme un batracien répugnant. Elle lut sur une sorte d’écran en face d’elle : « Prenez un ticket et alignez-vous sur la droite. »
Afin de trouver l’instrument qui lui procurerait le précieux sésame, elle regarda d’abord sous l’écran, dans le hall d’entrée, puis à proximité : rien. Plus près de la porte, peut-être, sur les côtés ? Rien. Elle ne repéra aucune file d’attente sur la droite non plus. Puis, un monsieur entra dans l’agence ; un homme d’une cinquantaine d’années, habillé simplement mais correctement, avec un visage fatigué et une expression blasée. Il se dirigea d’un pas flegmatique, mais sans hésiter, tout droit vers un coin de la pièce, au-delà des panneaux sur lesquels figuraient, apparemment, des annonces d’emploi. Karine le suivit. « C’est un expert de l’AOTI, celui-là, » pensa-t-elle.
Le monsieur ouvrit une porte sur laquelle était écrit « Informations diverses », pour se retrouver dans une pièce encombrée d’étagères croulant sous des livres, magazines et dossiers, il tourna à droite, se frayant un chemin entre cartons et chaises, puis il s’arrêta devant une petite chose grise coincée entre deux ordinateurs, près du mur du fond. L’homme appuya sur un bouton, qui était à moitié caché sur le côté de la chose, qui cracha un petit morceau de papier bleu marine qui tomba par terre. Il dut mettre ses lunettes pour déchiffrer le numéro inscrit en noir qui ne ressortait pas sur le bleu. Karine se hâta d’attraper au vol un autre petit papier sortant de la machine. Quittant la pièce par une autre porte, le monsieur alla se placer au bout d’une file d’attente d’une dizaine de personnes, devant une porte grise fermée.
« Ça va, » se dit Karine, « il n’y a pas trop de monde. »
Néanmoins, certains candidats restaient dans le bureau pendant ce qui lui parut une éternité, à tel point qu’elle attendait encore une heure et quart plus tard.
- Mais pourquoi c’est si lent ? demanda-t-elle à son voisin de devant, le monsieur qu’elle avait suivi.
- Certains viennent pour la dixième fois, au moins, fit-il en levant un bras dans un geste las. Comme ils ne veulent jamais ce qu’on leur propose, l’entretien prend du temps...
Enfin, lorsque le monsieur ressortit à son tour, la tête basse, elle entra dans un bureau sombre comportant des étagères chargées de livres. Un homme replet à lunettes, lui fit signe de s’asseoir sans sourire ni même prononcer un mot. Il la détaillait avec méfiance, avec le regard du chercheur qui étudie un insecte.
- Votre expérience ? demanda-t-il d’une voix blasée.
- Des CDD de secrétaire et même un poste d’assistante commerciale. J’ai aussi travaillé dans un bar pendant six mois, ajouta-t-elle avec un sourire.
Il leva les yeux vers elle.
- Mais pourquoi donc ?
- Parce que je n’avais pas d’autre travail à ce moment-là et que je voulais absolument travailler.
Il renifla et prit un air sceptique, comme s’il considérait cette réponse comme particulièrement étonnante, aussi inquiétante qu’une bactérie inconnue.
- Vous avez une licence d’anglais, mais ensuite vous avez fait une formation d’un an pour être secrétaire. Pourquoi ?
- Eh bien…comme je ne souhaitais pas enseigner, j’ai passé un diplôme un peu plus pratique.
- Votre expérience peut sembler quelque peu incohérente. Je vois que vous avez aussi travaillé dans une école.
- Oui, c’était un remplacement. Cela n’a rien d’anormal quand on a passé une licence. Je voulais savoir si l’enseignement me plaisait.
À nouveau, il leva vers elle des yeux vitreux qui l’observaient comme si elle eût commis un crime.
- Bon, mais secrétaire et assistante commerciale, ce sont deux choses différentes.
- Pas si différentes que ça, je pense.
Il haussa les épaules.
- Pour nous elles le sont, mademoiselle, répliqua-t-il sur un ton péremptoire. Vous parlez des langues étrangères ?
- Oui, l’anglais et l’allemand.
- Bien ?
- Oui, j’ai travaillé un an en Angleterre comme réceptionniste dans un village…
Il l’interrompit :
- Ah, c’était encore un autre travail, alors ?
- Oui.
Il soupira et inscrit quelque chose de plus à l’écran.
- Mais c’était seulement pour apprendre la langue comme il faut. Quant à l’allemand, j’ai eu un copain allemand, alors je suis allée souvent dans son pays.
Il leva une main du clavier, sembla hésiter.
- Je n’ai pas de case pour ça. De toute façon, ça ne prouve rien.
Ses épaules furent secouées d’un haussement agacé.
Après un lourd silence ponctué par les cliquetis sur les touches du clavier, il dit :
- Vous parlez coréen ?
- Euh, non.
- C’est ennuyeux.
- ?
- Nous recherchons une assistante commerciale, mais elle doit impérativement parler coréen. Il faut aussi maîtriser Word, Excel, Powerpoint, Framemaker, TR22, ReaderMTXB, Termin745 et ASKMENOT.
Elle ne put réprimer un petit rire nerveux.
- Ça ne s’improvise pas ! dit-elle.
- Non, admit-il en baissant la tête d’un air si piteux qu’elle se sentit elle-même contrariée, comme par empathie.
- Bon, j’ai peut-être autre chose, reprit-il après avoir pianoté encore un peu. C’est de la hotline à mi-temps. Vous pourriez peut-être faire l’affaire…à la rigueur. Vous habitez Paris même ?
- Presque. Enfin, Saint-Ouen.
- Ah bon ? dit-il en haussant les sourcils comme si elle lui avait annoncé la mort du Président de la République.
- Vous mettez combien de temps pour aller à La Garenne-Colombes ?
- Oh…pas très longtemps. Je ne peux pas vous dire ça, comme ça, à la minute près.
- La précision, mademoiselle, la précision, fit-il en levant un doigt savant.
- Je pense…une heure, en tout, de porte à porte.
- C’est trop !
- Peut-être moins, trois quarts d’heure.
- De toute façon, c’est encore trop, conclut-il avec un geste découragé. Ils ont spécifié en majuscules : pas plus d’une demi-heure de trajet. Vous comprenez, ils ne veulent pas de retard, pas de problèmes de grève.
- Mais c’est mon affaire, non ? Je peux m’engager, même par écrit, à ne pas être en retard.
- Bon, n’insistez pas ! Pas le peine de me rendre les choses difficiles.
- Je VOUS rends les choses difficiles ??
Tandis qu’il pianotait à nouveau pour lui trouver le job miracle, elle observa les étagères et les livres, dont elle déchiffra quelques titres : « Comment occuper un inoccupé chronique », « 100 formations au bénévolat », « Pourquoi le plein emploi n’est pas souhaitable ». Karine fronça les sourcils et plaqua un regard dur et méfiant sur son interlocuteur.
- Enfin, vous avez de la chance, dit celui-ci, j’ai quelque chose de plus près de chez vous. C’est un CDD à mi-temps, enfin, presque, 15 heures par semaine, sur deux sites différents. Et en fait – à ces mots, il sourit – c’est pour nous. Un poste de trieuse de personnes inoccupées pour l’AOTI.
Il avait prononcé la dernière phrase comme s’il eut annoncé une grande nouvelle.
- C’est quoi ?
- C’est dans le 93, donc près de chez vous. Vous accueillez les personnes inoccupées et vous dispatchez géographiquement les flux dans l’agence.
- Je quoi ?
- Eh ben, oui, c’est clair, vous demandez ce que les gens cherchent et vous les orientez vers la bonne zone.
- C’est tout ?
- Oui, mais il y a un élément diplomatique, si j’ose dire.
Soudain, son niveau d’adrénaline sembla grimper et il poursuivit sur un ton exalté, après avoir retiré ses lunettes :
- Assurez-vous qu’ils ont vraiment besoin de venir, mademoiselle ! Nous recevons tant de personnes inadaptées, qui ne veulent pas sincèrement être occupées. Nous en avons...marre !!
Puis, il repassa de l’emphase à l’abattement :
- Celles-là, il faut les décourager. Vous avez même le droit de les orienter vers la mauvaise zone, ajouta-t-il avec un petit rire sournois, comme un enfant qui aurait trouvé une astuce pour se soustraire aux ordres des adultes.
- C’est payé combien ? demanda Karine.
- Payé ? Ah, il n’y a pas de salaire à proprement parler. Vos titres de transport vous sont remboursés et vous mangez gratuitement à la cantine. Et, ajouta-t-il en détachant bien les syllabes, vos droits en tant qu’inoccupée sont prorogés pour six mois.
- Ah, et qu’est-ce que je peux faire pour trouver un emploi rémunéré ?
Visiblement déçu, il soupira et reprit d’une voix monocorde :
- Je vais vous envoyer à l’espace tests, puis vous finirez par la zone formations. Évidemment, je ne vous promets rien, de telles exigences sont rarement satisfaites de nos jours.
Karine trouva l’espace tests du premier coup, à sa grande surprise.
- Vous venez pour le test psychologique, lui annonça une femme sévère sanglée dans un tailleur gris.
Elle lui tendit un document et précisa : « Vous avez cinq minutes. »
1. Le matin, vous vous levez
a) doucement, en posant un pied, puis l’autre
b) d’un seul coup, en rejetant la couverture et en balançant les jambes
c) en vous asseyant et en vous aidant beaucoup de vos bras
2. On vous traite d’ « enculé(e) » dans la rue. Vous
a) réfléchissez au sens profond de cette accusation
b) regardez si personne d’autre n’a entendu
c) vous jetez sur l’auteur de ces mots et lui assénez un bon coup de batte de baseball, ou à défaut de sac à provision ou d’attaché-case.
3. Dans l’intimité, vous aimez
a) vous gratter les poils pubiens
b) gratter les poils pubiens de votre partenaire
c) mordre les doigts de pied de votre partenaire
4. Au travail, vous buvez en une journée (en moyenne)
a) un café noir sans sucre et un café au lait sans sucre
b) un café au lait sucré et un café au lait sans sucre
c) un café noir sans sucre et deux cafés noirs sucrés
d) deux cafés noirs sans sucre et un café au lait sans sucre
5. Vous rêvez souvent de
a) un/une collègue nu(e) qui vous poursuit dans les couloirs avec un fouet
b) voyager sur un tapis volant au-dessus de la tête du Président de la République
c) vous masturber devant votre patron
d) vous baigner dans de la mousse au chocolat
6. Que vous inspire l’idée de Dieu ?
La femme lui tendit ensuite le corrigé en disant : « Les résultats parlent d’eux-mêmes. Comme ça, vous pourrez vous situer. »
Réponses :
1. a) 1 b) 2 c) 0
2. a) 1 b) 0 c) 2
3. a) 0 b) 1 c) 2
4. a) 4 b) 1 c) 2 d) 3
5. a) –1 b) 3 c) 1 d) 2
6. 3 mots ou moins : 0 de 4 à 6 mots : 1 de 7 à 10 mots : 2
Vous avez entre 0 et 6 : attention ! Votre ego est ridiculement fragile. Vous vous sentez généralement comme un vers de terre face à vos semblables. Peut-être faudrait-il envisager une psychanalyse. Avez-vous pensé aux ressources de la chirurgie esthétique ? Les métiers dans lesquels vous excellez : dans l’état actuel des choses, aucun. Vous pouvez essayer certains rôles comiques après une préparation appropriée, ou peut-être vous lancer dans la psychiatrie, car il se peut que vous ayez des points communs avec les praticiens de cette spécialité.
De 7 à 11 : vous avez une personnalité contradictoire. Affirmez-vous. Songez que dans la vie l’envie d’écraser autrui peut être saine. Les métiers qui sont pour vous : évitez les fonctions d’encadrement, les professions indépendantes, les professions trop stressantes telles que prof, infirmier, secrétaire, commercial, hôtesse de l’air, agriculteur (les subventions risquent encore de baisser). Tout le reste est à votre portée.
De 12 à 14 : bravo ! Vous faites preuve de confiance en vous et d’adaptabilité. Le monde vous appartient. N’hésitez pas à viser les sommets
Comme elle avait obtenu 7, elle n’était pas certaine de son niveau d’employabilité, à moins qu’il ne fût pertinent de dire d’occupabilité, ou quelque chose comme ça.
Elle se rendit à la zone formations, qui se trouvait dans une vaste salle occupée par des stands où il régnait un vacarme infernal. Des employés, plutôt des jeunes, partaient à l’assaut des inoccupés pour promouvoir des formations, avec une telle virulence qu’ils en venaient presque aux mains pour se chasser les uns les autres.
- Bonjour, mademoiselle, dit un grand brun à Karine, je pense que mon école peut vous intéresser. Nous proposons des formations de 4, 6 ou huit mois, à des prix très abordables, avec possibilité de repas sur place et même d’hébergement. Vous avez accès à notre fonds documentaire unique...
- Mais, c’est pour faire quoi ? coupa Karine.
- Oh, un peu de tout. C’est une remise à niveau générale...
Il n’eut pas le temps de finir, car deux jeunes filles avaient fondu sur Karine et la première interrompit brutalement son collègue :
- Ne vous laissez pas abuser par n’importe qui, mademoiselle, dit-elle.
Elle portait une jupe en cuir noir moulante et un haut rouge très décolleté. Son maquillage lui donnait une allure plutôt agressive.
- Non mais, dis donc ! répliqua le collègue. On les connaît, tes formations en paramédical, sans aucune pratique sur le terrain. Naturopathie et autres foutaises.
- Au moins, elles apportent un plus sur le plan personnel.
- Ne les écoutez pas, renchérit l’autre fille, vêtue plus sobrement, bien que maquillée comme une barbie en plastique. Moi, je vous offre un parcours clés en main. Avez-vous déjà songé à l’import-export d’objets d’art ? Je vois bien une jolie jeune femme comme vous dans cette branche !
- Euh, ce n’est pas vraiment ce que je cherche, vous savez.
C’est alors que quelqu’un tira Karine par la manche pour l’attirer loin des autres.
- Venez, venez, chez moi c’est plus sérieux, je propose de vraies formations, toutes reconnues par l’État.
- C’est un critère suffisant, ça ? demanda Karine, qui se sentait de plus en plus dans un grand souk où les marchands se volaient les clients.
- Je peux vous proposer une formation, en attendant que quelque chose ne surgisse éventuellement pour vous.
Il avait prononcé « surgisse » avec emphase, avec une pointe d’ironie.
- Donc, il existe une formation d’assistante au chef de projet des affaires culturelles interrégionales.
- Et il y a du travail dans cette branche ?
- Sans doute.
- Vous savez combien il y a de chefs de projets des affaires culturelles interrégionales ?
Il leva les bras au ciel.
- Et puis quoi encore ! Je n’ai pas de dons extralucides, moi ! Vous voudriez qu’on ait des statistiques ou quoi ?
- Vous ne savez pas ce que deviennent vos clients ?
- Absolument pas. Ici, c’est une agence pour occuper les gens, pas pour leur trouver à tout prix un travail. Bon, elle ne vous intéresse pas la formation ?
- Ça dépend. Vous n’en auriez pas une autre pour apprendre à fabriquer des aiguilles à tricoter ou des jantes d’auto ? Ou plutôt une formation au tuning, c’est dans l’air du temps, ça.
Comme il ne souriait même pas, elle ajouta : « Je plaisante. »
Comme d’autres rapaces s’approchaient de leur proie pour proposer d’autres « occupations », Karine se hâta vers la porte. Au moment où elle atteignait son but, quelqu’un posa une main sur la poignée et dit en souriant :
- Ben alors, vous n’avez rien choisi ?
- Je vais réfléchir, mais maintenant je dois partir, j’ai un rendez-vous.
- Oh allez, encore cinq petites minutes.
Karine vit deux autres garçons en costume cravate se précipiter vers elle, des sourires de carnassiers aux lèvres.
- Laissez-moi sortir, cria-t-elle si brutalement que le jeune homme lâcha la poignée une fraction de seconde, de sorte qu’elle se faufila à l’extérieur et se mit à courir vers la sortie, qu’elle ne trouva pas tout de suite. Voyant que les trois « vendeurs » la poursuivaient, elle se réfugia dans les toilettes, attendit un bon quart d’heure, et entrouvrit prudemment la porte et repartir au petit trot dans le couloir. Croisant une dame affairée, elle lui demanda où était la sortie et elle finit par retrouver le hall où elle était arrivée.
Elle en profita pour lire ce qu’elle avait pris pour des annonces d’emploi sur les panneaux au centre de la salle.
« Cherche dame de compagnie pour lecture, cuisine, peut-être aide à la toilette. Argent de poche une fois par mois.» « Cherche contrôleur d’inoccupés. Tâches : suivi des activités des inoccupés, de leurs rendez-vous à l’AOTI, contrôle des abus de droits. Bénéfices : repas gratuits, véhicule de fonction, expérience passionnante. Pas de salaire. » « Recherches documentaires. Thème : la baignoire est-elle devenue inutile ? Douche, bain : évolution des pratiques. Bénéfices : culture générale. Prolongation des droits d’inoccupé pendant trois mois. »
Inutile d’en lire d’autres, se dit Karine. Prise d’un sentiment d’étouffement, elle se dirigea vers la sortie. « Une minute », lui dit une dame en avançant vers elle d’un pas impérieux. « Vous n’avez pas fini. Il faut faire un bilan de votre visite, comme à chaque fois. Mettez-vous dans la file là-bas, à gauche. » Voyant une file d’une vingtaine de personnes, Karine hésita, s’approcha à petits pas de la zone désignée par le dragon femelle, puis, dès que celle-ci eut tourné les talons, elle fonça vers la porte et sortit en courant, ne ralentissant qu’une fois au bout de la rue grise, hors d’haleine, comme si son cœur allait exploser.
Karine se réveilla en nage, toute tremblante. Elle chercha frénétiquement le bouton de la lampe de chevet, alluma, scruta la chambre, se leva, alluma le luminaire au centre de la pièce, puis marcha jusqu’à la cuisine, qu’elle alluma également, pour conjurer les ombres malfaisantes des cauchemars. Ensuite, elle se fit une tisane, reprit lentement ses esprits, mais elle ne retrouva le sommeil que deux heures plus tard.
Le lendemain matin, elle se rendit au bureau de poste et elle sourit aux clients toute la journée.
- Ce n’est pas trop dur d’avoir à faire à des râleurs toute la journée ? lui demanda une vieille dame.
- Il y a pire. Vous savez, il y a bien pire, répondit Karine avec conviction.
Elle pourrait toujours essayer de faire autre chose ou de monter dans la hiérarchie, mais au moins elle se trouvait dans la bonne partie de la société et elle pouvait oublier son rêve.